
23 Avr, 2025

Le Cerema et l’IFPEB proposent des leviers efficaces pour concilier qualite air interieur, efficacite energetique, renovation, QAI et gestion des bâtiments tertiaires.
Qualité air intérieur : un enjeu central pour les bâtiments tertiaires
La qualité air intérieur (QAI), souvent négligée, est pourtant au cœur des défis sanitaires et énergétiques dans les bâtiments tertiaires. Une étude menée par le Cerema et l’IFPEB démontre que santé des occupants et efficacité énergétique peuvent aller de pair. Contrairement aux idées reçues, améliorer la qualité de l’air intérieur ne signifie pas forcément augmenter la consommation énergétique. En adaptant les trois piliers d’une rénovation énergétique réussie — sobriété, efficacité aéraulique et filtration — à la gestion de l’air, une stratégie globale se dessine. Le déploiement du dispositif Éco Énergie Tertiaire, qui vise une réduction de 40 % de la consommation d’ici 2030, s’appuie désormais sur des objectifs concrets de qualité environnementale
Définir des objectifs mesurables pour agir efficacement sur la QAI
À l’instar des 19 °C qui symbolisent la sobriété énergétique, fixer des seuils de référence pour la QAI permet de structurer l’action. L’étude propose de se concentrer sur trois polluants simples à suivre : le dioxyde de carbone (CO₂), les composés organiques volatils totaux (COVt) et les particules fines (PM2,5). Des seuils clairs facilitent la sensibilisation des occupants et le passage à l’action : régulation des systèmes de ventilation, ouverture des fenêtres, changement de comportements. Douze maîtres d’ouvrage publics et privés, engagés dans une expérimentation sur 24 mois, ont permis d’observer les effets d’une telle approche dans des contextes variés (établissements scolaires, bureaux, galeries marchandes). Ces expériences ont permis de développer une méthodologie transposable à grande échelle.
Rénovation et efficacité énergétique : une stratégie de ventilation adaptée pour chaque bâtiment
L’évacuation des polluants repose en grande partie sur la qualité de la ventilation. Les bâtiments équipés de systèmes mécaniques performants présentent des niveaux de CO₂ et de PM2,5 bien inférieurs à ceux qui en sont dépourvus. Toutefois, la ventilation seule ne suffit pas à traiter les COVt à l’intérieur, plus volatils et persistants. Dans ces cas, une aération naturelle — par l’ouverture des fenêtres — s’avère indispensable. Cette gestion hybride, qui combine technologies et actions humaines, permet d’atteindre une baisse significative de la pollution intérieure. Certains sites ont enregistré jusqu’à 50 % de réduction de la concentration moyenne en COVt à l’intérieur d’une bâtisse. Cette approche responsabilise les occupants et leur donne un rôle actif dans la gestion de la qualité de l’air intérieur. Le Cerema insiste sur la nécessité d’un entretien régulier des installations pour maintenir leur efficacité dans le temps.
Suivi en temps réel : capter, comprendre, réagir rapidement
Pour améliorer durablement la QAI, l’étude recommande l’installation de micro-capteurs connectés à la supervision des bâtiments. Ces capteurs mesurent en continu les niveaux de pollution à l’intérieur d’un bâtiment et permettent des ajustements rapides. Une densité minimale d’un capteur pour 1 000 m² est suggérée, avec un coût très raisonnable estimé à moins de 1 €/m² par an. Ces données, transmises en temps réel, facilitent l’analyse des pics de pollution et l’efficacité des mesures prises. Elles rendent également visible l’impact des gestes quotidiens des usagers : aération ponctuelle, limitation des sources de pollution, usage raisonné des produits d’entretien. Pour les bâtiments soumis au décret BACS, ce suivi pourrait même devenir obligatoire, renforçant la convergence entre exigences réglementaires, rénovation énergétique et santé publique.
Conseils Cerema et IFPEB : un étiquetage élargi pour des intérieurs plus sains
La qualité de l’air intérieur ne dépend pas uniquement du système de ventilation, mais aussi des matériaux et produits présents dans le bâtiment. Sols, peintures, colles, meubles, fournitures scolaires… tous émettent des composés qui altèrent la QAI. Actuellement, seuls certains matériaux disposent d’un étiquetage réglementaire concernant leurs émissions dans l’air intérieur. Le Cerema et l’IFPEB préconisent d’étendre cet étiquetage aux mobiliers, produits d’entretien et fournitures fréquemment utilisés dans les établissements tertiaires. Ce dispositif offrirait une transparence accrue aux gestionnaires, les incitant à opter pour des solutions de qualité et à faible impact. Il s’agit également d’un levier pour impliquer les fabricants dans la conception de produits plus respectueux de la santé, et ainsi transformer en profondeur la chaîne de valeur du bâtiment.
Sensibilisation et coordination : moteurs du changement durable
Au-delà des solutions techniques, l’amélioration de la qualité air intérieur passe par une dynamique collective. Il est essentiel de créer un dialogue entre maîtres d’ouvrage, bureaux d’étude, exploitants et usagers. Informer les occupants sur les niveaux de pollution, les gestes à adopter ou les résultats obtenus grâce à leurs actions favorise une appropriation des enjeux. Cette pédagogie du quotidien transforme la gestion de la QAI en un projet partagé. L’étude souligne également le rôle structurant des collectivités locales et des entreprises dans la diffusion des bonnes pratiques. Des campagnes de sensibilisation ciblées, couplées à des outils de mesure simples, peuvent enclencher un véritable changement de culture autour de la qualité de l’air dans les bâtiments tertiaires.
Source : Cerema – https://www.cerema.fr/fr/presse/dossier/enseignements-du-hub-air-energie-ameliorer-qualite-air – Publié le 10/12/2024