Un jeu qui perd des joueurs entre deux saisons, ça se lit sur une courbe. Un salon aussi. La Paris Games Week 2026 revient du 22 au 25 octobre à Paris Expo, Porte de Versailles, pour sa 15e édition, celle que le SELL a baptisée « Playground Edition ». Quatre jours (jeudi à dimanche), un parc des expositions, et une question que personne n'imprime sur les affiches : comment réengager un public qui a commencé à décrocher ?
Je regarde cet événement comme je regarde un live service. Pas la hype, pas le nombre de stands. La rétention. Et de ce côté, la dernière saison a laissé des marques.
La courbe de fréquentation, lue comme un player count#
Reprenons depuis le début, parce que le contexte pèse lourd ici. Première édition en 2010 : 120 000 visiteurs pour un salon qui sort de nulle part, organisé par le SELL, le syndicat des éditeurs de jeux. Un lancement solide. La machine monte ensuite saison après saison jusqu'à son pic de 2019 : 317 000 visiteurs. À ce moment-là, la Paris Games Week est le deuxième salon de jeu vidéo le plus fréquenté d'Europe, derrière la Gamescom de Cologne et ses 373 000 entrées, devant le Tokyo Game Show (262 076).
Puis le serveur tombe. 2020 et 2021 : deux éditions annulées, Covid. Deux années sans données, deux années où l'habitude d'y aller se perd. Quiconque a déjà relancé un jeu après une longue coupure connaît le problème : les joueurs ne reviennent pas juste parce que vous rouvrez les portes.
Reboot en 2022 : 150 000 visiteurs, sur un hall là où il y en avait trois en 2019. Un redémarrage assumé, à échelle réduite. La suite ressemble à une boucle qui se réamorce doucement : 187 000 en 2023, 188 000 en 2024. On pouvait croire la dynamique repartie.
Et 2025 casse la progression : 161 000 visiteurs, soit environ 27 000 de moins que l'année précédente. Pour resituer, côté exposants, l'édition 2024 en comptait 159. Le recul n'est donc pas un détail de comptage, c'est un vrai fléchissement de l'audience.
Petite digression de dev : j'ai fait mes premières game jams au début des années 2010, à l'âge où la Paris Games Week était encore ce rendez-vous qu'on cochait sans réfléchir. Voir la courbe s'affaisser, ça fait un effet bizarre, comme un serveur qu'on a connu bondé et qu'on retrouve à moitié vide un soir de semaine.
Honnêtement, je n'ai pas de certitude sur la nature de ce creux. Décrochage structurel du format salon physique, ou simple trou d'air conjoncturel dans un calendrier de sorties de jeux mal aligné cette année-là ? Les deux lectures tiennent. Une saison faible ne fait pas une tendance, mais elle mérite un patch.
La 15e édition comme un patch de réengagement#
C'est là que 2026 devient intéressant à observer. Le SELL parle d'un objectif de 220 000 à 250 000 visiteurs à un horizon de cinq ans (un objectif annoncé, pas un résultat acquis, la nuance compte). Pour y arriver depuis 161 000, il faut plus que rouvrir les mêmes stands. Il faut retravailler la boucle qui donne envie de revenir.
Ce qui est confirmé pour cette 15e édition reste, à ce stade, de l'ordre de l'intention. Le programme annonce des avant-premières, des expériences immersives, un parcours interactif piloté via l'application officielle, une programmation hors les murs, une billetterie Early Bird et une nouvelle mascotte, un robot géant passionné de jeux vidéo. Sur le papier, ce sont des mécaniques de réengagement classiques : réduire la friction d'entrée, ajouter une couche de progression, prolonger l'expérience au-delà des quatre jours.
L'esport est cité comme composante du programme. Attention au piège : à l'heure où j'écris, aucune compétition ni aucun titre précis n'est confirmé pour 2026. L'an dernier, l'affiche esport était nommée noir sur blanc, avec des tournois identifiés. Cette année, la case existe mais reste vide. Si vous suivez la scène esport française, c'est un des points à surveiller de près dans les semaines qui précèdent l'événement.
Autre confusion à éviter, parce qu'elle circule déjà : l'Esports World Cup 2026 se tient aussi Porte de Versailles, mais c'est un événement totalement distinct, sur d'autres dates (6 juillet au 23 août). Même salle, autre affiche, autre organisateur. Ne mélangez pas les deux.
Reste l'inconnue majeure : les exposants 2026 ne sont pas annoncés. Ni les éditeurs présents, ni les jeux jouables sur place. Dans un salon, c'est un peu le contenu du patch note. Tant qu'il n'est pas publié, difficile de juger si la 15e édition a de quoi faire revenir les 27 000 qui ont manqué à l'appel.
Ce que je surveille d'ici octobre#
Les signaux que je surveille, dans l'ordre où ils vont tomber : l'affiche esport (des titres, ou du vent ?), la liste des éditeurs présents, puis le format retenu pour le parcours via l'application, qui trahira le sérieux de l'effort de rétention.
Un salon n'est pas un jeu, je sais. Mais un public, ça se gagne et ça se reperd de la même façon : par ce que vous lui donnez envie de recommencer. Rendez-vous du 22 au 25 octobre pour voir si le patch prend.
Image : affiche officielle de la Paris Games Week 2026. Crédit : Paris Games Week / SELL.
Sources#
- Paris Games Week, site officiel
- SELL, La Paris Games Week
- AFJV, Paris Games Week octobre 2026
- ActuGaming, fréquentation 2025 : 161 000 visiteurs
- Wikipedia, Paris Games Week (historique)
- Ministère de l'Intérieur, Paris Games Week 2025
- Sortir à Paris, Paris Games Week 2026 : programme et infos pratiques





