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Financer son jeu indie : crowdfunding, FAJV et CJJV en 2026

Financer son jeu indie : crowdfunding, FAJV et CJJV en 2026

Par Lucas M.

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Lucas M.

Votre prototype marche, le game design document tient la route, et c'est le budget qui refuse d'additionner. Financer son jeu indie en France, ce n'est pas une question de talent, c'est une question de calendrier : chaque source d'argent a ses règles, ses plafonds, ses dates limites, et aucune des trois principales ne se ressemble.

Le problème, c'est l'information qui circule autour. Les agrégateurs de subventions se contredisent sur le dépôt du FAJV (14 septembre 2026 pour les uns, 21 septembre pour d'autres) et affichent encore une échéance de crédit d'impôt au 31 décembre 2026, alors que la version de l'article 220 terdecies du CGI en vigueur depuis le 1er janvier 2026 la fixe au 31 décembre 2031. Cet article ne retient que ce qui est vérifiable sur les sources primaires : la page CNC, le texte de loi, les barèmes des plateformes. Si vous en êtes encore à créer votre premier jeu, sachez que la question du financement arrive toujours au moment où le prototype commence à ressembler à quelque chose.

Trois sources coexistent pour financer un jeu indie en France : le FAJV, la subvention CNC plafonnée à 50 % des dépenses de prototypage ou de production ; le CJJV, un crédit d'impôt de 30 % des dépenses éligibles plafonné à 6 millions d'euros par exercice, valable jusqu'au 31 décembre 2031 ; et le crowdfunding, via Ulule, qui détient depuis décembre 2024 KissKiss bankbank.

Quelle source pour quelle étape du jeu ?#

Les trois sources ne font pas le même travail. Le FAJV finance l'amont du projet, le CJJV rembourse une partie des coûts de développement a posteriori, le crowdfunding teste le marché et rapporte de la trésorerie. Détaillons chacune, en partant de la plus exigeante sur le fond.

Le FAJV, la subvention du CNC#

Depuis le 1er janvier 2021, le Fonds d'aide au jeu vidéo est exclusivement géré et financé par le CNC. Le ministère de la Culture l'a renforcé en 2022, avec un objectif affiché de 5 millions d'euros par an, selon le communiqué du 3 novembre 2022 ; en pratique, le fonds a distribué 6,5 millions d'euros en 2024, répartis entre 122 projets, selon le bilan annuel du CNC publié le 11 mai 2025. Quatre volets : l'écriture, réservé aux auteurs, avec une intensité plafonnée à 100 % des coûts éligibles ; la préproduction, plafonnée à 50 % des dépenses de prototypage ; la production, plafonnée à 50 % des dépenses de production du jeu ; et les manifestations.

Pour le volet production, deux conditions pèsent lourd. Le studio doit détenir au moins 50 % des droits de propriété corporelle et incorporelle du jeu (30 % dans le cadre d'une coproduction internationale). Et depuis le 1er mars 2025, un bilan carbone prévisionnel réalisé via Jyros est obligatoire pour solliciter l'aide à la production. Le reste, c'est du classique : un game design document qui tient la route et un prototype que la commission pourra évaluer, qu'il ait été monté dans Unreal Engine 5 ou dans un moteur plus léger.

Les montants ? Les résultats de la commission du 29 juin 2026, d'après la page CNC, donnent un aperçu : 16 aides à l'écriture de 10 000 € chacune, des aides à la préproduction de 25 000 à 150 000 €, des aides à la production de 80 000 à 200 000 € (les manifestations sont aidées de 1 500 à 65 300 €).

Le calendrier 2026-2027 affiche quatre dates limites de dépôt, lues sur la page CNC : le lundi 21 septembre 2026, le lundi 18 janvier 2027, le lundi 27 avril 2027 et le lundi 20 septembre 2027. Si un agrégateur vous renvoie le 14 septembre 2026, c'est un site en retard : la page CNC fait foi. Et les dossiers incomplets sont automatiquement rejetés. La commission ne lit pas les dossiers, elle lit les dossiers complets ; l'incomplet n'arrive pas.

Le CJJV, le crédit d'impôt jusqu'au 31 décembre 2031#

Le crédit d'impôt pour la création de jeux vidéo repose sur l'article 220 terdecies du CGI. La version en vigueur depuis le 1er janvier 2026, modifiée par la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 (art. 42), le calcule à 30 % du montant total des dépenses éligibles, plafonné à 6 millions d'euros par entreprise et par exercice. Les dépenses de prestations confiées à d'autres opérateurs entrent dans la base de calcul dans la limite de 2 millions d'euros par exercice : c'est le genre de ligne où atterrissent les coûts externalisés du développement, un middleware audio entre Wwise et FMOD par exemple.

Deux seuils à connaître. Le jeu doit avoir un coût de développement supérieur ou égal à 100 000 € : en dessous, le dispositif ne s'applique tout simplement pas, et c'est la ligne qui écarte une partie des projets indie du CJJV. Et seules les dépenses exposées dans les 36 mois qui précèdent la délivrance de l'agrément définitif sont retenues.

Le point qui a changé, et que les agrégateurs n'ont pas encore suivi : le butoir d'engagement des dépenses. La version en vigueur du texte le fixe au 31 décembre 2031. Beaucoup de sites répètent encore le 31 décembre 2026, échéance héritée de l'article 55 de la loi de finances pour 2024. C'est une information périmée : le texte en vigueur sur Légifrance fait foi, pas le cache de l'année précédente.

L'historique en deux temps. Le dispositif est créé par la loi de finances pour 2008 (loi n° 2007-1824 du 25 décembre 2007, art. 91 IV), avec un taux initial de 20 % et un plafond de 3 millions d'euros par exercice. Le décret n° 2022-1392 du 19 octobre 2022, publié au JO du 1er novembre 2022 et en vigueur le 2 novembre 2022, a modernisé le barème culturel. Le communiqué du ministère de la Culture de novembre 2022 annonçait une prolongation jusqu'au 31 décembre 2028 ; la loi de finances pour 2026 a ensuite fixé l'échéance au 31 décembre 2031.

Pour situer la machine : en 2021, 38 nouveaux projets ont reçu un agrément, pour 155 millions d'euros de dépenses éligibles et 43 millions d'euros de crédit d'impôt, selon le ministère de la Culture. Depuis sa mise en place en 2008, le dispositif a bénéficié à plus de 150 studios et plus de 370 projets, et plus de 220 millions d'euros ont été versés depuis 2017. Mécaniquement, les dépenses ouvrent droit au crédit d'impôt à compter de la demande d'agrément provisoire auprès du président du CNC : c'est cette demande qui lance le chrono.

Le crowdfunding, désormais un seul groupe#

Le choix de plateforme a basculé en décembre 2024 : Ulule a annoncé le 2 décembre 2024 l'acquisition de KissKiss bankbank, filiale de La Banque Postale depuis 2017. Les deux plateformes appartiennent désormais au même groupe ; le montant de l'acquisition n'a pas été divulgué. À l'automne 2024, elles représentaient ensemble 9 millions de financeurs et environ 500 millions d'euros récoltés, selon Actualitte.

Créée en 2010 et certifiée B Corp depuis 2015, Ulule cite quelque 48 000 projets ayant collecté plus de 311 millions d'euros, selon Actualitte. Le modèle est tout ou rien : si l'objectif n'est pas atteint, les contributions sont remboursées et aucune commission n'est prélevée. Sinon, la commission créateur s'élève à 6,67 % HT (8 % TTC en France) pour les fonds collectés par carte bancaire, et à 4,17 % HT (5 % TTC) par chèque ou virement, avec des tranches dégressives au-delà de 100 000 € collectés. Depuis le 14 avril 2025, un frais de service s'ajoute côté contributeur : 0,10 € + 2,2 % TTC du montant de la contribution, soit 102,30 € TTC pour une contribution de 100 €.

KissKiss bankbank affiche une commission variable entre 0 % et 12 % TTC selon le plan sur sa page officielle ; les sources de 2024 convergent vers 5 % du montant collecté pour les projets réussis, plus environ 3 % de frais de transaction.

Pour calibrer : d'après le baromètre 2024 du crowdfunding en France (France FinTech et Forvis Mazars), 1 731 millions d'euros ont été collectés en 2024, en baisse de 17,1 % par rapport à 2023. C'est cette année-là que la barre symbolique des 10 milliards d'euros de collecte cumulative depuis 2015 a été franchie, selon France FinTech. En 2023, la collecte dépassait 2 milliards d'euros, en retrait de 11,3 %, dont quelque 86,2 millions d'euros pour le secteur culturel, selon Actualitte.

Les leviers en marge#

Deux leviers hors du trio, utiles selon où vous êtes installé. En Île-de-France, la région gère un fonds d'aide à la création de jeu vidéo : subvention d'investissement jusqu'à 150 000 € selon le budget du jeu, à condition d'un budget de développement d'au moins 50 000 € et d'au moins 50 % des dépenses éligibles réalisées en Île-de-France, avec un plafond de minimis de 300 000 € sur 3 exercices glissants. Et le crédit d'impôt recherche (CIR) reste un levier distinct pour les équipes qui mènent des opérations de R&D : 30 % pour la partie des dépenses inférieure ou égale à 100 millions d'euros, 5 % au-delà, selon la page service-public. Le SNJV publie par ailleurs un guide du financement de l'industrie du jeu vidéo (PDF, février 2025) qui fait le tour des dispositifs.

Le comparatif en un tableau#

SourceNatureTaux ou partPlafonds et seuilsÉchéancesFrais
FAJVSubvention publique, gérée par le CNCÉcriture : 100 % des coûts éligibles ; préproduction et production : 50 %6,5 M€ distribués en 2024 (CNC) ; droits : 50 % minimum (30 % en coproduction internationale)Dépôts : 21/09/2026, 18/01/2027, 27/04/2027, 20/09/2027Aucun
CJJVCrédit d'impôt (art. 220 terdecies du CGI)30 % des dépenses éligibles6 M€ par exercice ; prestations extérieures : 2 M€ ; seuil : coût de développement d'au moins 100 000 €Dépenses engagées jusqu'au 31 décembre 2031Aucun
UlulePlateforme de crowdfunding, modèle tout ou rienCommission 8 % TTC (6,67 % HT) par carte ; 5 % TTC (4,17 % HT) par chèque ou virementTranches dégressives au-delà de 100 000 € collectésAucune, campagne à date choisie0,10 € + 2,2 % TTC par contribution (depuis le 14 avril 2025)
KissKiss bankbankMême groupe qu'Ulule (annonce du 02/12/2024)Commission 0 % à 12 % TTC selon le plan ; 5 % + environ 3 % de frais de transaction (sources 2024)Aucun plafond publiéAucune, campagne à date choisieSelon le plan

Chaque valeur de ce tableau vient des sources citées en fin d'article : ce sont les barèmes publiés par chaque organisme, pas une moyenne du marché.

Comment déposer concrètement ?#

La procédure diffère d'une source à l'autre, mais le point commun est le même : c'est le calendrier qui décide, pas la qualité du pitch. Pas à pas.

Le FAJV#

  1. Choisissez le volet (écriture, préproduction, production, manifestations) et repérez la date limite suivante : la prochaine est le lundi 21 septembre 2026.
  2. Récupérez le formulaire XLSX sur la page CNC et complétez-le intégralement. Les dossiers incomplets sont automatiquement rejetés.
  3. Pour le volet production, joignez le bilan carbone prévisionnel via Jyros, obligatoire depuis le 1er mars 2025.
  4. Envoyez le dossier à [email protected] avant la date limite.

Le CJJV#

  1. Vérifiez le seuil : coût de développement supérieur ou égal à 100 000 €. En dessous, passez votre tour.
  2. Déposez la demande d'agrément provisoire auprès du CNC. Les dépenses ouvrent droit au crédit d'impôt à compter de cette demande.
  3. Développez dans la fenêtre : les dépenses retenues sont celles des 36 mois qui précèdent l'agrément définitif.
  4. Engagez les dépenses avant le 31 décembre 2031.

Le crowdfunding#

  1. Fixez l'objectif en connaissance du modèle tout ou rien : si l'objectif n'est pas atteint, tout est remboursé et aucune commission n'est prélevée.
  2. Intégrez les frais dans la cible : 8 % TTC sur les fonds collectés par carte (tranches dégressives au-delà de 100 000 €), plus 0,10 € + 2,2 % TTC par contribution.
  3. Préparez les contreparties avant d'ouvrir la campagne.
  4. Une fois l'argent collecté, la question suivante est la distribution : la procédure de publication sur Steam est l'étape d'après.

Les pièges à éviter#

Le premier piège, c'est l'agrégateur en retard. Le 14 septembre 2026 pour le FAJV, le 31 décembre 2026 pour le CJJV : les deux dates circulent encore, et les deux sont fausses. La page CNC et le texte en vigueur sur Légifrance font foi. Relire l'article 220 terdecies n'est pas la façon la plus agréable de passer une après-midi, mais pour une échéance, le texte en vigueur est la seule référence qui ne bouge pas.

Deuxième piège : l'objectif de crowdfunding fixé trop haut. Le tout ou rien ne pardonne pas, et une campagne qui n'atteint pas son objectif rembourse tout le monde, contributeurs compris. Une game jam sert d'abord à valider la mécanique avant de demander de l'argent aux gens : si le jeu ne se joue pas, la campagne n'a aucune raison de convertir. À l'époque de mes game jams de la décennie 2010, la première question après « combien de temps ? » était toujours celle de l'argent. Rien n'a changé, sauf l'échelle : à l'époque on se finançait en pizza.

Troisième piège : viser le CJJV avec un petit budget. Le seuil de 100 000 € de coût de développement écarte une partie des projets indie, et c'est un seuil, pas une moyenne : en dessous, le 30 % ne s'applique pas. Sur ce point, j'hésite encore à qualifier le crowdfunding de source de financement ou de test de marché. Les chiffres ne tranchent pas : la collecte a baissé de 17,1 % en 2024, d'après le baromètre France FinTech, ce qui ne ressemble pas à un marché en expansion. Mon interprétation : les deux à la fois, et le bon usage dépend de l'étape du projet.

Le calendrier FAJV est affiché jusqu'au 20 septembre 2027, le butoir du CJJV est au 31 décembre 2031, les barèmes des plateformes sont publics. Notez les dates, montez le dossier avant la date limite, et à vous de jouer.

FAQ#

Quel est le prochain délai de dépôt du FAJV ?#

Le lundi 21 septembre 2026, d'après la page CNC. S'en suivent le lundi 18 janvier 2027, le lundi 27 avril 2027 et le lundi 20 septembre 2027. Les dates divergentes que relaient certains agrégateurs, comme le 14 septembre 2026, ne figurent pas sur la page officielle du CNC.

Jusqu'à quand le crédit d'impôt jeu vidéo (CJJV) est-il valable ?#

Les dépenses doivent être engagées jusqu'au 31 décembre 2031, selon la version de l'article 220 terdecies du CGI en vigueur depuis le 1er janvier 2026, issue de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 (art. 42). Les sites qui indiquent encore le 31 décembre 2026 reprennent l'échéance de la loi de finances pour 2024, dépassée par le texte en vigueur.

Quel budget minimum de développement pour le CJJV ?#

Le coût de développement du jeu doit être supérieur ou égal à 100 000 €, selon l'article 220 terdecies du CGI. En dessous, le dispositif ne s'applique pas. À ce seuil s'ajoutent le taux de 30 % des dépenses éligibles, le plafond de 6 millions d'euros par exercice et la limite de 2 millions d'euros pour les prestations confiées à d'autres opérateurs.

Combien Ulule prélève-t-il de frais ?#

La commission créateur est de 6,67 % HT, soit 8 % TTC en France, pour les fonds collectés par carte bancaire, et de 4,17 % HT, soit 5 % TTC, par chèque ou virement, avec des tranches dégressives au-delà de 100 000 € collectés. Depuis le 14 avril 2025, le contributeur paie en plus 0,10 € et 2,2 % TTC par contribution. Si l'objectif n'est pas atteint, les contributions sont remboursées et aucune commission n'est prélevée.

Ulule et KissKiss bankbank sont-elles encore concurrentes ?#

Non. Ulule a annoncé le 2 décembre 2024 l'acquisition de KissKiss bankbank, filiale de La Banque Postale depuis 2017 : les deux plateformes appartiennent au même groupe. Le montant de l'acquisition n'a pas été divulgué. Côté barèmes, KissKiss bankbank affiche une commission variable entre 0 % et 12 % TTC selon le plan, et les sources de 2024 citent 5 % plus environ 3 % de frais de transaction.

Quel est le budget annuel du FAJV ?#

Le fonds a distribué 6,5 millions d'euros en 2024, à 122 projets, selon le bilan annuel du CNC publié le 11 mai 2025. Le ministère de la Culture avait annoncé un objectif de 5 millions d'euros par an lors du renforcement du fonds, en novembre 2022.

Sources#

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