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RISC-V face à ARM et x86 : promesse ou réalité ?

RISC-V face à ARM et x86 : promesse ou réalité ?

Par Thomas R.

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Thomas R.

Le Milk-V Titan coûte trois cent vingt-neuf dollars, embarque huit cœurs RISC-V à deux gigahertz, et sort un score de dix-sept virgule neuf par gigahertz en SPECint2006. Pour situer, c'est environ trente pour cent plus rapide que ce que proposait l'ESWIN dans le DeepComputing DC-ROMA. Et c'est encore très, très loin d'un Ryzen.

Benchmark en main : voilà exactement où en est RISC-V en ce moment. Quelque part entre la promesse d'une révolution ouverte et la réalité d'une architecture qui n'a pas encore les muscles pour jouer dans la cour des grands sur desktop. La question n'est pas de savoir si RISC-V va changer quelque chose. C'est déjà fait. La vraie question, c'est quand et où ça va compter pour vous.

La thèse : RISC-V est inévitable#

Commençons par les faits qui plaident en faveur de l'enthousiasme.

RISC-V est né en mai deux mille dix à UC Berkeley, sous l'impulsion de Krste Asanovic, Yunsup Lee et Andrew Waterman. La première spécification publique date de mai deux mille onze. La fondation RISC-V a été créée en deux mille quinze avec trente-six entreprises fondatrices, dont NVIDIA, Google, IBM et Qualcomm. Rebaptisée RISC-V International en deux mille vingt et installée en Suisse, elle revendique aujourd'hui plus de quatre mille six cents membres. En deux mille dix-neuf, il y en avait deux cent trente-six.

Ce n'est pas un projet de garage. C'est un écosystème industriel.

Le modèle économique qui fait basculer#

Le rapport qualité-prix, c'est la seule métrique. Et ici, RISC-V joue sa meilleure carte : zéro royalties. ARM facture entre dix centimes et deux dollars par puce, plus des frais de licence initiaux qui se chiffrent en millions. RISC-V ? Gratuit. N'importe qui peut concevoir un processeur RISC-V sans payer un centime à qui que ce soit. Pour un fabricant qui sort des millions de puces IoT, la différence sur la marge est colossale.

NVIDIA a livré un milliard de cœurs RISC-V en deux mille vingt-quatre. Pas dans des CPU desktop, attention. Dans ses GPU, entre dix et quarante cœurs par puce, pour la gestion du compute, de l'alimentation et de la sécurité. Le genre de tâches où payer une licence ARM par puce n'a aucun sens économique quand on a le volume de NVIDIA.

Les chiffres de marché#

Selon les projections les plus citées, le marché RISC-V pesait un virgule soixante-seize milliard de dollars en deux mille vingt-quatre. La projection pour deux mille trente : huit virgule cinquante-sept milliards. Pour deux mille trente-quatre : vingt-cinq virgule soixante-treize milliards. Un taux de croissance annuel composé de trente virgule sept pour cent.

L'Asie-Pacifique représentait quarante virgule cinq pour cent du marché en deux mille vingt-quatre. La Chine à elle seule pesait deux cent quatre-vingt-quatorze virgule deux millions de dollars avec un taux de croissance de trente-deux pour cent. Et en mars deux mille vingt-cinq, huit ministères chinois préparaient la première directive nationale RISC-V. Quand un État pousse une architecture CPU comme outil de souveraineté technologique, c'est un signal qu'on ne peut pas ignorer.

Selon Omdia, on devrait atteindre dix-sept milliards de processeurs RISC-V en deux mille trente, soit environ un quart du marché mondial des processeurs embarqués. J'insiste sur "embarqués". On y reviendra.

L'antithèse : sur le papier, c'est séduisant. En pratique...#

Maintenant, regardons ce que les benchmarks racontent vraiment.

Le mur des performances desktop#

Chips&Cheese a fait le boulot de mise en perspective que personne d'autre ne fait. Le SiFive P550, qu'on retrouve dans le DeepComputing DC-ROMA AI PC II, sort huit virgule soixante-cinq par gigahertz en SPECint2006. Son pipeline fait treize étages, triple-issue, exécution dans le désordre. Pour un cœur RISC-V, c'est un bon résultat. Mais le P550 et le Xuantie C910 d'Alibaba restent en dessous d'un Cortex A73 d'ARM. Et bien en dessous d'un Intel Goldmont Plus.

Pour donner une idée concrète : on parle de performances proches d'un Core 2 Duo de deux mille huit. J'ai monté mon premier PC gaming sur un Core 2 Duo. C'était une époque formidable, mais on n'y retourne pas par choix.

Le Alibaba T-Head C930 annonce plus de quinze par gigahertz en SPECint2006 avec un pipeline six-decode, seize étages et un vecteur de deux cent cinquante-six bits, compatible RVA23. C'est un progrès significatif, mais on reste loin du compte face aux architectures ARM et x86 actuelles.

Ascalon : la promesse qu'on attend encore#

Tenstorrent annonce vingt-deux SPECint2006 par gigahertz pour son design Ascalon-X. Sur le papier, c'est la parité avec Zen 5 d'AMD et Neoverse V3 d'ARM. Le problème ? C'est un IP core à licencier. Pas un produit fini qu'on peut acheter. Aucune date pour une puce concrète basée sur Ascalon. Et j'ai moins de certitudes sur le calendrier réel.

Le gaming ? On en reparle dans quelques années#

En octobre deux mille vingt-quatre, quelqu'un a branché une AMD RX 7900 XTX sur un Milk-V Megrez sous Debian et a fait tourner glmark2. Le résultat ? Ça fonctionne. L'image s'affiche. Mais glmark2 est un benchmark basique OpenGL. Aucun jeu AAA ne tourne nativement sur RISC-V. L'écosystème logiciel n'est tout simplement pas prêt. Pas de pilotes optimisés, pas de portages, pas de support des studios. Si vous voulez jouer en deux mille vingt-six, RISC-V n'est pas une option.

Ce qui se passe réellement sur le terrain#

Entre la hype des communiqués de presse et le scepticisme pur, il y a les produits qu'on peut acheter aujourd'hui.

Le DeepComputing DC-ROMA AI PC II embarque un ESWIN 7702X avec huit cœurs SiFive P550 à deux gigahertz, un NPU de cinquante TOPS et trente-deux Go de RAM. Prix : trois cent quarante-neuf ou quatre cent quarante-neuf dollars selon la config. C'est le premier "PC" RISC-V qui ressemble à autre chose qu'une carte de développement. Mais entre "ressembler à un PC" et "remplacer un PC", il y a un gouffre.

Le Framework Laptop 13 RISC-V existe aussi, avec un StarFive JH7110 et quatre cœurs SiFive U74. Huit Go de RAM. C'est un objet de curiosité pour développeurs, pas un outil de travail quotidien.

Le VisionFive 2 Lite est sorti en août deux mille vingt-cinq à dix-neuf dollars quatre-vingt-dix. Un JH7110S quad-core à un virgule vingt-cinq gigahertz. Pour ce prix, c'est un Raspberry Pi concurrent intéressant pour des projets embarqués. Et c'est exactement là que RISC-V fait le plus de sens aujourd'hui.

Côté acquisitions, Meta a racheté Rivos en octobre deux mille vingt-cinq. Rivos travaille sur des designs RISC-V compatibles CUDA. Et NVIDIA a annoncé en août deux mille vingt-cinq le portage de CUDA sur RISC-V via le profil RVA23, avec cette citation révélatrice : "We Wouldn't Have Considered Porting CUDA Without It". Quand NVIDIA et Meta misent sur RISC-V pour l'inférence IA, ce n'est pas pour le gaming.

Le SpacemiT K3 annoncé en janvier deux mille vingt-six vise l'inférence de modèles de quatre-vingt milliards de paramètres avec une enveloppe thermique de quinze à vingt-cinq watts. Si les contraintes énergétiques de l'IA vous intéressent, c'est le genre de puce qui pourrait changer la donne dans les datacenters.

Le verdict#

RISC-V ne va pas remplacer votre processeur gaming demain. Ni après-demain. Les performances desktop sont au niveau d'une architecture vieille de presque vingt ans. L'écosystème logiciel est embryonnaire. Les pilotes graphiques sont rudimentaires. Le gaming natif n'existe pas.

Mais réduire RISC-V au desktop serait passer à côté du sujet. L'architecture est déjà partout dans l'embarqué et l'IoT. Un milliard de cœurs livrés par NVIDIA seule en un an. Un marché qui croît de trente pour cent par an. Des États qui en font un axe de souveraineté. CUDA qui arrive sur la plateforme. Meta qui rachète un concepteur RISC-V.

Mon analyse : RISC-V ne bouscule pas ARM et x86 sur leur terrain. Il crée le sien. L'IoT, l'embarqué, l'inférence IA, les microcontrôleurs, les cœurs de gestion intégrés aux puces. C'est là que la bataille est déjà gagnée. Le desktop et le gaming viendront peut-être un jour, quand des designs comme Ascalon-X passeront du PowerPoint au silicium. En attendant, le rapport qualité-prix reste la seule métrique qui compte, et sur l'embarqué, RISC-V est imbattable.

Sources#

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