Imaginez un atelier d'animation 2D qui tient sur une tablette, sans abonnement, avec une seule licence à payer. C'est exactement ce que Procreate Dreams 2 propose depuis sa sortie en décembre 2025. Cinq mois plus tard, j'ai eu le temps d'éprouver l'outil sur trois courts projets perso, dont un boucle de marche que je n'arrivais pas à finir avec Procreate Dreams version 1. Le verdict est plus nuancé que ce que les reviews enthousiastes laissaient penser à la sortie.
Petit rappel pour ceux qui n'ont pas suivi#
Procreate Dreams v1 est sortie le 22 novembre 2023, à 19,99 dollars en achat unique. Trois ans plus tard, Dreams 2 est arrivé en décembre 2025, et le prix actuel sur l'App Store américain est de 12,99 dollars. Toujours pas d'abonnement, toujours développé par Savage Interactive Pty Ltd, le studio australien derrière Procreate. La note actuelle sur l'App Store américain est de 4,1 sur 5, calculée sur 328 avis seulement, ce qui reste un échantillon limité.
Pour situer rapidement : Procreate Dreams a remporté l'Apple Design Award 2024 dans la catégorie Innovation, annoncé le 7 juin 2024. C'est le troisième Apple Design Award de l'équipe Savage, après Procreate en 2013 et Procreate en 2022 (catégorie Inclusivity).
Ce que Dreams 2 change vraiment#
La grosse nouvelle, c'est l'arrivée du lasso tool dans Draw and Paint et Flipbook. Pour celles et ceux qui faisaient de la sélection à la main avant, ça change le rapport au travail. Sélectionner une silhouette, la déplacer, la transformer sans perdre la frame en dessous, c'est le genre de détail qui te fait gagner des dizaines de minutes par scène.
L'export GIF est enfin natif. Avant, je passais par un export MP4 puis une conversion via une app tierce. Maintenant, GIF directement depuis Dreams. Pour partager un test sur Instagram ou Tumblr, c'est immédiat.
Les trois workspaces de la timeline (keyframing, performing, composition) clarifient enfin ce qui était un peu confus dans la v1. Chaque mode se concentre sur une tâche, et la bascule est fluide. Quand vous animez en frame-by-frame dans Flipbook, vous ne voyez plus les outils de keyframing qui parasitaient l'écran.
Le flipbook multi-tracks illimités est probablement la fonctionnalité la plus importante pour les animateurs sérieux. La v1 limitait le nombre de pistes simultanées, ce qui forçait à fusionner trop tôt. Maintenant, vous pouvez empiler autant de calques d'animation que votre iPad supporte.
Autres ajouts notables : le warp mesh (déformation localisée d'une frame), l'alpha lock (verrouillage de la transparence pour peindre sans déborder), le reverse keyframes (inverser une animation d'un clic), et le multi drag-and-drop pour réorganiser plusieurs éléments à la fois. L'export vidéo transparente complète la suite : utile quand vous voulez intégrer une animation dans une compo After Effects ou DaVinci Resolve.
Le rendu sous l'Apple Pencil Pro#
Depuis la mise à jour intégrant le support de l'Apple Pencil Pro, Dreams 2 exploite le barrel roll (rotation du stylet sur son axe), le squeeze (pression latérale) et le haptic feedback. Concrètement, sur un brush calligraphique, le barrel roll change l'inclinaison du tracé en temps réel, comme une plume qui pivote. C'est subtil mais addictif. Le squeeze ouvre des menus contextuels sans lever la main de la tablette, ce qui maintient le flow de dessin.
Le filtre Lens Blur live est limité aux iPad M1, M2 et M4. Si vous tournez sur un iPad Air plus ancien ou un modèle non-M, ce filtre ne sera pas disponible. À noter pour celles qui hésitent à mettre à jour leur matériel.
Côté brushes, l'App Store annonce 300 brushes texturés Procreate inclus dans Dreams 2, dont plus de 100 spécifiquement conçus pour l'animation. La page whats-new sur procreate.com mentionne ce chiffre de 100 brushes animation, qui est le détail qui m'intéresse vraiment : ces brushes ont des propriétés temporelles (variation par frame, jitter contrôlé) que les brushes statiques de Procreate classique n'ont pas.
Ce qui manque toujours#
Là, ça se complique et j'ai moins de certitudes sur ce que Savage prévoit. Les bones et le rigging de personnage ne sont toujours pas là. Pour animer un personnage articulé en 2D, vous restez sur du frame-by-frame ou du keyframing manuel des transformations. Si vous venez de Toon Boom Harmony ou de Moho, l'absence de rig est un manque sérieux.
Pas non plus d'auto-shapes intelligents pour générer des cycles de marche ou des effets standards. Pas d'IA générative intégrée, contrairement à Adobe Animate 2025 qui propose la génération de fonds, le morphing de formes et le text-to-animation via Firefly. Savage semble assumer une posture artisanale, ce qui se défend, mais ça veut dire que vous faites tout à la main.
Et bien sûr, iPad uniquement. Pas de version Mac, pas de Windows. Si votre workflow inclut une partie desktop (montage, compositing avancé), vous devrez exporter et continuer ailleurs.
La question du prix face à la concurrence#
Là où Dreams 2 reste imbattable, c'est l'économie. 12,99 dollars une seule fois, pour la vie. Comparez avec Toon Boom Harmony : 28,50 dollars par mois pour Essentials, 71 dollars pour Advanced, 129,50 dollars pour Premium. En un an d'abonnement Essentials, vous payez plus de 26 fois Procreate Dreams 2.
L'autre alternative iPad notable, Rough Animator, est à 7,99 dollars en achat unique. Moins cher que Dreams, mais l'interface est franchement plus austère et le moteur de brushes ne joue pas dans la même ligue. Pour un débutant qui veut juste tester l'animation 2D sur iPad, Rough Animator reste une porte d'entrée légitime. Pour quelqu'un qui vient de Procreate et qui veut une cohérence d'écosystème, Dreams 2 est l'évidence.
Adobe Animate, lui, est inclus dans Creative Cloud. Adobe ne vend plus de licence standalone depuis 2013. Pour un étudiant, le tarif Adobe CC est autour de 24,19 euros par mois (avec la réduction de 70 pourcent), ce qui reste un budget récurrent quand Dreams se paie une fois pour toutes.
Quelques artistes que je suis sur Instagram mentionnent Callipeg comme alternative iPad pour les workflows plus classiques (timeline traditionnelle, onion skin standardisé). Je l'ai testé brièvement, c'est solide, mais l'écart d'écosystème avec Procreate fait que je n'y reste pas.
Pour qui Dreams 2 est-il vraiment fait#
Le rendu final parle de lui-même quand vous animez avec un workflow Procreate déjà en place. Si vous illustrez sur Procreate et que vous voulez animer vos persos sans changer d'outil ni de feeling de brush, Dreams 2 est l'option naturelle. Pour les courts métrages indie, les boucles GIF artistiques, les motion designs courts, l'animation explicative ou la BD numérique animée, c'est l'outil le plus agréable que j'ai testé sur iPad cette année. Pour celles qui débutent en création 2D/3D et hésitent encore sur leur première suite, mon article sur Blender 4 et ses nouveautés 2026 donne une perspective desktop complémentaire.
Si vous animez des personnages complexes avec rigs, contraintes IK, ou si vous travaillez en équipe avec un pipeline Toon Boom déjà installé, Dreams 2 ne remplacera pas votre setup. C'est un complément, pas un remplaçant.
Pour débuter sur iPad, la combinaison Procreate (illustration) + Dreams 2 (animation) à environ 26 dollars total reste imbattable. Et pour celles et ceux qui viennent du desktop et qui regardent l'iPad d'un œil sceptique, l'app supporte iPadOS 16.3 minimum, pèse 1,8 Go, et exporte jusqu'à 16K en MP4, MOV ou séquences transparentes. Aucun argument technique pour rester réticent.
Les détails de workflow qui changent tout#
Avant de toucher à quoi que ce soit, observez la timeline pendant cinq minutes. Les trois workspaces ne sont pas qu'un changement cosmétique, ils impliquent une discipline de travail. Vous bloquez les poses dans keyframing, vous affinez les arcs en performing (où vous pouvez littéralement enregistrer votre geste tactile en temps réel), puis vous composez dans composition.
Le performing mode est probablement la fonctionnalité la plus distinctive de Dreams. Vous appuyez sur record, vous bougez un calque avec votre doigt, et Dreams enregistre la trajectoire en keyframes éditables. Pour animer un papier qui vole, une feuille qui tombe, une lumière qui scintille, c'est plus rapide que de poser des keyframes manuellement. C'est une mécanique que je n'ai trouvée nulle part ailleurs avec cette fluidité.
L'onion skin customisable (nombre de frames avant/après, opacité par côté) reste une référence. Les animateurs traditionnels y trouvent leurs marques immédiatement. Pour une session de calage de marche comme celle que j'avais ratée sur Dreams 1, je suis arrivée au résultat en deux soirées au lieu de quatre.
Verdict après cinq mois#
Procreate Dreams 2 n'est pas l'outil ultime de l'animation 2D. Il ne remplace pas Toon Boom, Moho ou Adobe Animate sur les workflows pros lourds. Mais sur le créneau qu'il vise, illustrateur qui veut animer, motion designer mobile, étudiant en arts visuels, animateur indie sans budget logiciel, c'est aujourd'hui l'option avec le meilleur rapport entre qualité, prix et plaisir d'usage.
Le lasso tool, l'export GIF natif, les multi-tracks illimités et le polish général justifient largement la mise à jour si vous étiez sur la v1. Pour celles et ceux qui découvrent, à 12,99 dollars sans abonnement, c'est probablement le ticket d'entrée le plus accessible vers l'animation 2D sérieuse en 2026.
Si votre scène manque de vie, c'est souvent l'animation qui pèche, pas l'illustration. Et pour ça, Dreams 2 est devenu mon outil par défaut. À vous d'expérimenter, comme toujours, et de voir si l'iPad fait sens dans votre pipeline.
Pour aller plus loin sur la création 2D et les workflows iPad, je vous renvoie vers nos articles sur l'animation 3D Blender pour débutants (le contraste avec Dreams 2 est intéressant) et sur les outils IA générative en 3D en 2026 qui donnent une perspective sur où va l'industrie.
Sources#
- Procreate Dreams, annonce officielle (procreate.com)
- Procreate Dreams, page whats-new (procreate.com)
- Procreate Dreams sur l'App Store américain
- Apple Design Awards 2024, Apple Newsroom
- Tech Review Procreate Dreams 2.0, Joe Rover
- Procreate Dreams 2, analyse Creative Bloq
- Toon Boom Harmony pricing, TrustRadius





