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Full Spectrum : imprimer en couleurs illimitées sans AMS

Par Baptiste P.

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Baptiste P.

La semaine dernière, j'ai lancé une impression multi-couleur sur la Bambu Lab X1 Carbon d'un pote. Quatre couleurs. Un modèle de dragon assez détaillé. Résultat : le print a pris 6 heures, la tour de purge a bouffé presque autant de filament que la pièce elle-même, et on s'est retrouvés avec un tas de spaghetti bicolore à la troisième purge ratée. C'est là que j'ai découvert un fork d'OrcaSlicer qui promet de contourner tout ça, Full Spectrum.

Le problème que personne ne résout proprement#

L'impression 3D multi-couleur en FDM, en 2026, ça se résume à deux approches. Soit tu passes par un système type AMS (Bambu Lab) ou MMU (Prusa) qui pousse et retire les filaments dans une seule buse, avec une purge à chaque changement. Soit tu investis dans un changeur d'outils avec plusieurs têtes indépendantes. Le premier gaspille du filament. Beaucoup. Sur un print 4 couleurs, la purge peut représenter une part significative de la matière consommée, parfois autant que la pièce elle-même sur les petits modèles. Le second coûte cher et reste complexe à calibrer.

Dans les deux cas, tu es coincé avec tes 4 ou 5 couleurs physiques. Tu veux du orange ? Il te faut une bobine orange. Du violet ? Une bobine violette. Chaque teinte supplémentaire, c'est un slot en moins pour un autre matériau.

Le Snapmaker U1, sorti en pré-commande à 849 USD (849 EUR en Europe) avec livraison prévue mars-avril 2026, a attaqué le problème du changeur d'outils abordable. Quatre têtes indépendantes, système SnapSwap qui change d'outil en cinq à douze secondes (amorce comprise) au lieu de la minute et demie habituelle, volume de 270 x 270 x 270 mm, vitesse jusqu'à 500 mm/s. L'approche est propre : pas de purge, pas de rétraction de filament, chaque tête garde son filament chargé. Snapmaker annonce que le U1 n'utilise que 17 à 47 % du filament requis par un système mono-buse multi-couleur pour le même print, soit une réduction de 53 à 83 % de gaspillage selon leurs tests en labo.

Sauf que même avec quatre têtes, tu restes à quatre couleurs. Et c'est là que Full Spectrum débarque.

Full Spectrum : le mélange de couleurs par logiciel#

Full Spectrum, c'est un fork open source d'OrcaSlicer développé par la communauté (ratdoux sur GitHub, avec les contributions de xSil3nt). Le principe est simple à comprendre, malin à exécuter : au lieu de te limiter aux couleurs de tes bobines, le slicer alterne les couches de deux filaments pour créer une couleur intermédiaire par mélange optique.

Un exemple concret. Tu charges du rouge et du jaune. Full Spectrum va imprimer une couche de rouge, puis une couche de jaune, en alternance. À l'oeil, ça donne de l'orange. En ajustant le ratio (deux couches de rouge pour une de jaune, par exemple), tu tires vers le rouge-orange. Trois couches de jaune pour une de rouge, et tu obtiens un jaune doré.

Le slicer génère automatiquement toutes les combinaisons possibles à partir des filaments chargés. Avec quatre bobines, tu passes de 4 couleurs physiques à des dizaines de teintes virtuelles. Avec 4 bobines CMYK, la palette s'approche de celle d'une imprimante papier, même si le mixing est pour l'instant limité à deux couleurs simultanées.

J'ai changé d'avis sur ce truc en creusant. Au départ, je trouvais le concept gadget. Un print qui alterne des couches de couleurs différentes, ça devrait se voir, non ? Sauf que là où Full Spectrum est malin, c'est qu'il permet de configurer la hauteur de couche à 0,1 mm (voire moins) dans les zones de mélange. À cette épaisseur, l'oeil humain ne distingue plus les couches individuelles. La translucidité du PLA fait le reste : la lumière traverse partiellement la couche supérieure et se mélange avec la couleur en dessous.

Le prix à payer : le temps#

Spoiler : c'est pas gratuit. Passer de 0,2 mm à 0,1 mm de hauteur de couche, ça double mécaniquement le nombre de couches. Et doubler les couches, c'est doubler le temps d'impression. Un print qui prenait 3 heures en mono-couleur peut facilement monter à 6 ou 7 heures avec Full Spectrum.

Sur un changeur d'outils comme le U1, le changement de tête ajoute environ 10 à 12 secondes par permutation (swap + amorce buse). Sur un print qui alterne les couleurs toutes les couches, ça s'accumule. Mais comparé à la purge d'un système AMS (où chaque changement gaspille plusieurs centimètres de filament et prend de longues secondes de purge), le bilan reste favorable. Tu perds du temps, pas de la matière.

Pour les figurines et les pièces décoratives, le compromis tient la route. Pour des pièces fonctionnelles où la couleur n'est qu'un bonus, c'est discutable.

Ce que ça change concrètement#

Le vrai impact de Full Spectrum, c'est pas juste "plus de couleurs". C'est le multi-couleur rendu accessible aux makers qui n'ont pas envie de stocker 15 bobines de teintes différentes. Avec quatre ou cinq bobines de base, tu couvres un spectre large. Ça simplifie le stock, ça réduit le gaspillage, et ça ouvre des possibilités pour les créateurs qui vendent sur Etsy ou en local.

Mon setup actuel, c'est une étagère avec une vingtaine de bobines, et j'en utilise peut-être six régulièrement. Le reste prend la poussière et se dégrade lentement à l'humidité. L'idée de réduire ça à cinq bobines bien choisies, honnêtement, ça me parle.

Le parallèle avec l'impression papier est frappant. Personne n'achète une cartouche de chaque couleur pour son imprimante jet d'encre. On charge du CMYK et le logiciel fait le boulot. Full Spectrum applique la même logique à la 3D, trente ans plus tard.

Les limites à connaître#

Le logiciel est expérimental. Le README GitHub le dit clairement : "may produce incorrect G-code or unexpected behavior". On ne va pas se mentir : c'est un projet communautaire, pas un produit fini. Les profils ne sont optimisés que pour le Snapmaker U1 pour l'instant, même si le fork est basé sur OrcaSlicer et devrait théoriquement fonctionner avec d'autres changeurs d'outils comme le Prusa XL ou le Voron.

Les couleurs obtenues par mélange de couches ne sont pas parfaites non plus. Le rendu dépend du type de filament (le PLA translucide marche mieux que le PLA opaque), de l'éclairage, et de l'épaisseur des couches. C'est du mélange optique, pas du mélange physique. Le résultat ressemble plus à du pointillisme qu'à de la peinture.

Le dithering (la manière dont le slicer alterne les couches pour créer un dégradé) reste basique. Pas de Floyd-Steinberg ou d'algorithmes avancés comme en traitement d'image. Ça viendra peut-être, mais pour l'instant, les transitions sont perceptibles de près.

Pour qui, et est-ce que ça vaut le coup ?#

Si tu fais de la figurine, du cosplay, ou de la déco et que tu en as marre de jongler entre 12 bobines, Full Spectrum vaut le détour. Le Snapmaker U1 à moins de 1 000 USD avec ses quatre têtes indépendantes est probablement la machine la plus accessible pour en profiter. Le gain en réduction de déchets par rapport à un AMS est réel, et la palette de couleurs explose.

Si tu fais du prototypage fonctionnel ou que la couleur t'indiffère, passe ton chemin. Le surcoût en temps d'impression ne se justifie pas.

Mon avis : c'est la direction logique de l'impression multi-couleur FDM. Le matériel (changeurs d'outils abordables) est en train d'arriver. Le logiciel (Full Spectrum) montre la voie. Dans un an ou deux, ce type de mélange de couleurs sera probablement intégré dans OrcaSlicer ou Bambu Studio en natif. Pour l'instant, c'est un outil de bidouilleur. Le genre de truc qui fait rêver sur Reddit et qui demande de la patience dans la vraie vie.

C'est un peu comme quand le DLSS est arrivé sur les cartes Nvidia : au début, c'était flou et limité. Deux générations plus tard, ça faisait partie du paysage. Full Spectrum en est au stade du DLSS 1.0. Prometteur, imparfait, et clairement le futur.

Sources#

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