Imaginez un scanner 3D qui pilote son propre drone, évite les câbles de 2 mm et documente une mine entière en une nuit. On est en avril 2026, et c'est réel. Artec 3D vient de lâcher l'Artec Jet le 3 avril, et le truc a de quoi rendre jaloux à peu près tout ce qui existait avant dans le monde du scan LiDAR portable.
Un scanner qui se balade tout seul#
L'Artec Jet, c'est un capteur LiDAR SLAM de 1,57 kg. Accrochez-le à un drone, et il planifie ses trajectoires de vol tout seul grâce à une IA embarquée. Pas besoin de pilote. Le drone scanne, détecte les obstacles (fils de 2 mm inclus), et quand la batterie faiblit, il retourne au point de lancement. Hot-swap de batterie, on repart. C'est un peu le Roomba de la capture 3D, sauf qu'il vole et qu'il coûte probablement le prix d'une voiture.
Le champ de vision est de 360 x 290 degrés. En gros, il voit presque tout autour de lui. Et il fonctionne dans le noir complet, le LiDAR étant un capteur actif qui n'a pas besoin de lumière ambiante. Pour les mines, les tunnels, les bâtiments sans électricité, c'est exactement ce qu'il fallait.
Les specs qui font mal aux concurrents#
Voilà où ça devient intéressant. J'ai passé pas mal de temps à comparer les chiffres, et honnêtement, l'écart est violent.
| Spécification | Artec Jet | Leica BLK2GO |
|---|---|---|
| Portée | 0,5 à 300 m | 0,5 à 25 m |
| Vitesse d'acquisition | 1,9 M pts/sec (triple return) | 420 000 pts/sec |
| Champ de vision | 360 x 290 degrés | 360 x 270 degrés |
| Précision indoor | plus ou moins 10 mm | plus ou moins 6 mm |
| Détection changements | plus ou moins 5 mm | Non spécifié |
| Protection | IP65 | IP54 |
| Poids | 1,57 kg | 0,775 kg |
| Modes de déploiement | 7 (drone, sac à dos, véhicule, cage, perche, robot, portatif) | 1 (portatif) |
| Prix | Sur devis | environ 65 000 USD |
La portée, c'est x12. La vitesse d'acquisition, c'est x4,5. Le BLK2GO reste plus léger et plus précis en indoor, c'est vrai. Mais il ne fait qu'une seule chose : du scan portatif. L'Artec Jet, lui, se déploie de 7 façons différentes. Montez-le sur un Boston Dynamics Spot, accrochez-le à une perche télescopique, collez-le sur un véhicule. La polyvalence est dans une autre ligue.
Sept modes, un seul appareil#
C'est là que le produit prend une dimension différente de tout ce qu'on connaît. Les sept modes de déploiement ne sont pas juste du marketing :
Drone autonome : le mode star. L'IA SLAM planifie les trajectoires, évite les obstacles, et le scanner capture en vol sans intervention humaine. Pour un chantier de construction, une mine souterraine ou une inspection d'infrastructure, ça change tout.
Sac à dos : pour les géomètres qui arpentent des bâtiments ou des sites en extérieur. 1,57 kg sur le dos, c'est gérable.
Véhicule : monté sur un toit de voiture pour scanner des kilomètres de route ou de façade.
Robot : compatible Boston Dynamics Spot. Je n'ai pas eu l'occasion de tester cette config, mais l'idée d'un chien-robot qui scanne un site Seveso à 3h du matin, c'est quand même assez cyberpunk.
Cage de protection, perche télescopique, portatif : les modes classiques, mais utiles pour les cas où le drone n'est pas possible (intérieur confiné, zones sensibles).
Le logiciel : Artec Twins#
Artec livre son propre logiciel, Artec Twins, pour traiter les nuages de points. Export en LAS, LAZ, PLY, DXF, E57. Le géoréférencement GNSS assisté réduit le drift sur les grands scans. Et le support des Gaussian splats est annoncé, ce qui ouvre la porte à des rendus 3D photoréalistes directement depuis les données LiDAR.
Sur ce point, j'hésite encore à m'emballer. Artec n'a pas communiqué de benchmarks de post-processing, et la qualité des Gaussian splats dépendra énormément du pipeline logiciel. C'est prometteur, mais à confirmer sur le terrain.
À qui ça s'adresse (et à qui ça ne s'adresse pas)#
Les cas d'usage ciblés sont clairs : BIM et as-built pour la construction, jumeaux numériques industriels, mesures volumétriques pour les mines, détection de changements pour la maintenance, inspection de sécurité. Le marché du scanner SLAM est estimé à environ 2 milliards de dollars en 2025, avec une croissance annuelle de 15 %.
Si vous faites de la photogrammétrie avec un drone et une caméra pour 5 000 euros, l'Artec Jet n'est clairement pas pour vous. Les systèmes LiDAR drone coûtent entre 50 000 et 350 000 USD, et l'Artec Jet est sur devis uniquement. Pas de prix public. Ça veut dire "si vous devez demander le prix, c'est probablement pas dans votre budget".
Pour les studios 3D qui font du scan de patrimoine ou des environnements de jeu, par contre, la portée de 300 m et le fonctionnement dans le noir ouvrent des possibilités qu'aucun scanner portatif n'offrait jusqu'ici. Scanner une cathédrale entière de l'extérieur en une seule session, ou capturer une grotte sans éclairage, c'est le genre de missions où cet appareil prend tout son sens.
RAPID+TCT Boston : première US#
L'Artec Jet fait ses débuts américains au salon RAPID+TCT du 14 au 16 avril à Boston. Si vous êtes dans le coin, c'est l'occasion de voir la bête en vrai. Artec 3D y présentera probablement des démos en condition réelle, et c'est là que les pros de la fabrication additive et du scan 3D pourront juger sur pièce.
Art Yukhin, le CEO d'Artec, a déclaré : "With Artec Jet, we're entering an exciting new chapter. Our mission has always been to make 3D scanning as fast, accurate, and intuitive as possible." C'est du discours corporate classique, mais les specs parlent d'elles-mêmes.
Verdict#
L'Artec Jet est le scanner LiDAR le plus ambitieux que j'ai vu sortir ces dernières années. La combinaison autonomie drone + 7 modes de déploiement + portée 300 m + fonctionnement dans le noir, ça n'existait pas avant le 3 avril 2026. Le facteur x4,5 en vitesse d'acquisition face au BLK2GO est difficile à ignorer.
Les inconnues restent le prix (certainement premium), l'autonomie batterie (non communiquée), et la maturité du logiciel Artec Twins. Pour l'instant, c'est une fiche technique impressionnante. Le vrai test viendra quand les premiers utilisateurs publieront leurs retours terrain. J'ai quand même du mal à ne pas être excité par un scanner qui pilote son propre drone dans une mine et évite des fils de 2 mm. Si ça tient ses promesses, Leica et les autres ont du souci à se faire.





